Baseline Accueil

Libérer
Le meilleur

Bandeau Accueil

Réserver un séjour d’été en couple ou en famille à l’Abbaye ? C'est encore possible pour la semaine du 13 au 20 juillet !
L'Abbaye
en vidéo

Nos actualités

Religions, spiritualité et silence

Publiée le 21/05/2019

Avec Olivier Germain-Thomas

2019 21 05 OGT

Le mouvement Poursuivre organisait en ce mois de mai une session à l’Abbaye : « A la recherche d’une spiritualité pour aujourd’hui ».
Nous avons pu rencontrer Olivier Germain-Thomas, l’un des trois intervenants invités à ces moments d’échanges et de découvertes. Entrevue :


Vous avez exploré toute une diversité de religions et de recherches spirituelles. Que pourriez-vous dire sur ce cheminement de l’homme vers la découverte de son intériorité ?

Olivier Germain-Thomas : Je commencerai par dire deux mots sur moi, si vous le permettez.

Enfant, j’avais une foi très solide, même le désir d’une vocation religieuse. Et puis vers 13 ou 14 ans je me suis rendu compte que mes prières tournaient à vide. Un grand vide. D’un côté, un besoin spirituel et d’un autre, du doute, beaucoup de doute. Le besoin spirituel est resté, et les doutes sont restés aussi. Mais ce besoin et ce doute spirituel m’ont poussé vers l’interrogation de presque toutes les formes religieuses.

Au début le bouddhisme, par une thèse, et ensuite par la pratique en allant vivre dans des centres bouddhiques, puis l’hindouisme  et puis un peu le soufisme, à Fès, et puis ce que l’on peut appeler l’animisme que je n’ai fait que frôler par des rencontres du Shinto au Japon.  Par exemple en vivant dans des sanctuaires, en sentant tout ce qui peut y avoir de présence du sacré dans les cascades, dans les pierres, dans les arbres et après par des expériences dans les forêts du Cambodge…

Donc j’ai vibré à beaucoup de formes religieuses,  et je ne me suis pas stabilisé dans une foi précise. Mais maintenant, l’expérience d’une longue vie me fait dire – ce n’est pas forcément une expérience valable pour tout le monde, mais c’est mon expérience – qu’il est préférable, pour moi, de rester  fidèle à la religion de mes ancêtres.  Dans mon cas, le christianisme sous la forme catholique. Et au travers de cet enracinement,  j’essaye de toucher l’universel. Mais cet universel ne s’inscrit pas dans le système dogmatique d’une religion.

Je suis un immense admirateur des paroles du Christ et suis prêt à me mettre à genou devant, quant à dire que le Christ est le fils de Dieu, quant à accepter la Trinité, là je reste comme un homme qui doute. Mais même chose avec le bouddhisme, alors que le bouddhisme ne nous demande pas de croire en Dieu. Il y a là aussi toute une série de demandes auxquelles je ne réponds pas. Mais je me sens très à l’aise dans un monastère Bouddhique.

Il existe par ailleurs le danger de l'amalgame. Je pense que tout ce qui s’est fait autour du New-Age, cette espèce  de salmigondis : on va faire un peu de méditation Vapassana, ensuite un petit coup  de danse Soufi, ensuite une petite prière chrétienne... Non !

Je crois qu’il est bon de rester concentré dans une tradition, que ce soit celle-ci ou une autre. Parce que les traditions ce sont quand même des siècles, voir pour l’hindouisme des millénaires, pendant lesquels des hommes, des femmes, sont allés au fond du fond des choses. Donc c'est bien de rester dans une tradition et, en touchant le cœur même de cette tradition, d’essayer de toucher l'universel. 

Vous ne croyez pas que ce mouvement, qu'il soit appelé New-Age ou autrement, n'est  pas une tentative pour sortir d'un enfermement généré par une religion ou une autre ?

Olivier Germain-Thomas : Les religions enferment, c'est évident. Elles enferment par la dogmatique, elles enferment par des formes d'intégrisme. On vous dit où est le bien, où est le mal, on vous dit ce qu'il faut faire, comment vous habiller, que mettre sur les cheveux ou comment faire vos génuflexions.

Mais les religions libèrent. Tout dépend à quel niveau on est en train de les vivre. Ce que je pense, en tout cas pour le christianisme, pour le bouddhisme ou l'hindouisme qui sont les religions que je connais le mieux, c'est qu'en allant au fond des choses on dépasse l'aspect religieux pour aller vers l'aspect spirituel, et que là, il s'agit d'une voie libératrice.

Mais il semble que beaucoup n'arrivent pas à transcender ces barrières, créées par la religion, ou par la compréhension qu’ils en ont.

Olivier Germain-Thomas : L'homme a besoin de parapets. Pourquoi ? Parce que parfois ces parapets vous empêchent d'avoir l'angoisse de la mort, vous donnent le moyen de vous conduire avec votre prochain, mais en fait la vraie spiritualité doit faire tomber les parapets.

Alors comment toucher ce fond spirituel, qui lui, est universel ? L'être humain a été créé avec un corps, une psyché et en même temps un Esprit. Et le monde  contemporain, pour des tas de sortes de raisons que l'on peut analyser, ce monde matérialiste ne cherche pas à épanouir la part spirituelle de l'homme.

Donc c'est un combat. Un combat que l'on doit mener contre les valeurs dominantes. Mais une fois que l'on est arrivé à faire sauter la porte de la prison dans laquelle la société de consommation veut nous enfermer, alors... j'espère que le sourire vient naturellement.

Cela voudrait dire qu'il faut combattre à la fois l'enfermement de la société consumériste et à la fois l'enfermement des religions ?

Olivier Germain-Thomas : Non, l'enfermement des dogmatismes de la religion. Les religions portent toujours trois aspects. Un aspect dogmatique. Un aspect social, qui vous aide à créer une communauté. Et un aspect spirituel. N'abandonnons jamais l'aspect spirituel des religions.

Il faut bien distinguer le génie des religions des autres aspects. J'essaie plutôt, sans y être arrivé, d'aller vers l'aspect le plus spirituel DES religions.

(Silence)

Olivier Germain-Thomas : Il est beau ce silence.

Et pensez-vous que devant les défis qui se présentent à l'humanité actuellement, on basculera du côté où l'homme arrivera à trouver sa profondeur ? Nous avons pas mal de défis… Est-ce que, devant ces changements à accomplir, l'homme trouvera une autre porte, ou retombera-t-il dans la violence ?

Olivier Germain-Thomas : Je n'en sais rien. Ce que je constate, c'est que la voie qui est prise par les sociétés occidentalisées, dans lesquelles on peut inclure la Chine et l'Inde, cette voie, que le monde entier subit, est une voie sans issue. Donc de toutes les façons la catastrophe est à nos portes. Premier constat. 

Deuxièmement, est-ce que cette part spirituelle de l'homme est une pure invention, ou une réalité ? Je pense que c'est une réalité. De plus cela ne peut en aucun cas continuer comme cela. Ne serait-ce que pour des raisons écologiques. Dans 20 ou 30 ans il n'y aura plus de ressources, la terre sera épuisée, on aura fait tellement de bêtises que plus rien ne marchera. Donc de toutes les façons, il va y avoir échec. Que va-t-il sortir de cet échec ?

On peut revenir sur la deuxième affirmation. Est-ce que cette part spirituelle est intrinsèquement liée à ce qu'est l'homme ? Je pense que oui. Je ne peux pas en apporter la preuve, mais regardons l'histoire de l'homme et tout ce que nous savons des sociétés primitives jusqu'à aujourd'hui. Je m'aperçois qu'il a toujours eu besoin de nourrir cette part spirituelle. N'oublions pas qu'au XVIIIe siècle des penseurs très sérieux ont cru qu'en éradiquant les religions, en érigeant la raison comme être absolu, on allait libérer l'homme. La raison n'a pas libéré l'homme ! Pourquoi, parce qu'il y avait un autre besoin. Marx était un homme sincère, même si le Marxisme appliqué a été une catastrophe pour l'humanité. Il était persuadé que l'on pouvait fonder une société sur la raison. Cela n'a pas été le cas.

 Je crois qu’après le XXe siècle, et ses catastrophes, le XXIe siècle nous indique que l'homme a besoin de nourrir sa part spirituelle. Donc si vous mettez dans une sorte d'équation ces deux éléments : « cela ne peut pas durer » et d'un autre côté « il faut nourrir sa part spirituelle », cela rendrait plutôt optimiste. Mais je ne suis pas un prophète.

On va donc être obligé de résoudre ces problèmes écologiques. On devra développer une autre relation avec la nature.

Olivier Germain-Thomas : C'est obligatoire. Mais l'hypothèse d'un embrasement général, n'est pas à exclure. Je n'en sais rien. A titre individuel, j'essaye de faire en sorte de "fermer les robinets" le plus possible, cela pris d'une manière symbolique. Mais allez savoir si l'humanité sera raisonnable, elle l'a guère été jusqu'à maintenant. Il y a eu des périodes magnifiques et puis très souvent elles se terminaient mal. Donc je n'ai rien à dire sur la certitude de ce qui va se passer, mais j'ai la quasi-certitude de ce qu'il faut faire.

C'est à dire, je me répète, nourrir cette part spirituelle, essayer de peu consommer et savoir que la mer, l'arbre, le sourire d'un enfant - pour prendre quelques exemples - sont des maîtres.

Bien-sûr, il faut d’abord avoir conscience d’un manque. Si vous êtes à l'aise dans la consommation effrénée, si vous êtes à l'aise avec tout ce qui se passe, il n'y a pas grand-chose à faire. Sauf que, à un moment donné, la nature et le corps vont se rebiffer. Et cela commence. Quand on voit l'enlaidissement des corps humain. Quand on voit l'obésité qui gagne toutes les sociétés développées, et quand on regarde la beauté extrême de certains paysans pauvres, au fond de l'Inde, par exemple. Je ne défends pas la pauvreté, oh que non, mais je défends cette beauté qui a été préservée pendant des millénaires.

Donc, il faut d'abord prendre conscience qu'il y a un manque et prendre conscience que la voie qui est prise est néfaste et mauvaise pour la terre, mauvaise pour l'homme, mauvaise pour l'entente des hommes.

A partir du moment où vous en prenez conscience, chacun doit avoir un cheminement qui est le sien. Et petit à petit, au travers de ce cheminement il va peut-être retrouver le génie des grandes religions. Il va retrouver les grands mystiques des grandes religions, et peut-être même aurait-il la chance de rencontrer un être - un homme ou une femme - qui va l'aider dans ce cheminement.

Car il faut se méfier de sa propre subjectivité. Tandis que si vous êtes en face de ce que l'on appelle en Asie un maître, ou en face de quelqu'un disons de réalisé, c’est autre chose. J'avais cité ce matin quelques exemples comme celui de Jean Vanier que j'ai rencontré à plusieurs reprises dans ma vie, et bien en face de lui, les barrières tombaient. Si l'Esprit existe, sa présence était l'incarnation de l'Esprit. On n'avait pas besoin de réfléchir, Il était là.

Pour rester dans le christianisme, j'ai eu aussi cette expérience avec une femme comme Geneviève De Gaulle, qui après avoir vécu les camps de concentration à cause du nom qu'elle portait, a consacré sa vie au quart monde. Ceux qui sont des rejetés de notre société. Avec un sourire, un dévouement extraordinaire. Elle ne faisait pas ça pour elle. Elle  faisait  ça pour l'humain, dans l'être humain.

Et puis un homme comme Kalou Rinpoché rencontré à Karma Ling. J'ai dû passer une heure avec lui. Je dis une heure, mais je n’en sais rien, c'était peut-être trois minutes ou deux heures. Ce sont des moments où le temps n'existe plus. Mais rien que sa présence prouvait l'existence de l'Esprit. C'est quelque chose sur lequel j'ai envie d'insister. On a besoin d'intermédiaire.

Certains peuvent avoir l'accès direct, pourquoi pas, chacun a sa propre voie. Mais suivre quelqu'un qui porte cette lumière peut nous aider. Je viens de citer des gens plutôt connus. Qui ont écrit. Mais je pourrai prendre l’exemple d’une mère de famille dévouée à ces enfants avec un beau sourire qui s'oublie complètement pour le service des autres. Et ça on en rencontre dans chaque vie.

Alors, allons voir des gens simples, n'écoutons surtout pas les dogmatiques, n'écoutons pas les verbeux et essayons de voir l'Esprit dans le regard, dans le sourire de personnes qui font vivre cet Esprit dans leur vie quotidienne.

Bon, je ne vais pas tomber dans le prêchi-prêcha... et faire un sermon ! On garde le silence…

En savoir plus sur Olivier Germain-Thomas

En savoir plus sur Poursuivre

 

2019 05 21 ogt32019 05 21 Ogt12019 05 21 ogt2

 
x